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Vitry / Seine
Studio de Formation Théâtral

Retour sur la lecture de Requiem de Hanokh Levin

Lors de la dernière édition du salon du théâtre et de l'édition théâtrale, les élèves comédiens du Studio de Formation Théâtral nous ont donné à entendre un texte de Hanokh Levin, à paraître aux éditions Théâtrales. Témoignage !

Dans Requiem, Hanokh Levin nous présente l'histoire d'un « faiseur de cercueils », dont le rapport pragmatique à la mort se voit brusquement altéré par la mort soudaine de son épouse. Si l’on sait que Requiem est la dernière pièce du dramaturge, elle nous apparaît inévitablement comme une réflexion sur sa position d’artiste.
La mort, comme nous l’apprend Orphée, constitue le point de départ de la poésie. C’est la force destructrice du temps qui confère au poète la puissance créatrice. Chaque oeuvre nous apparaît comme une tentative d’élever un monument contre l’oubli.
Le vieux de Requiem fabrique de cercueils, le dramaturge, lui, grave l’épitaphe. Mais le mythe de l’apprivoisement de la mort par l’écriture, devient une illusion brisée par le surgissement de la mort même. La réalité concrète de la mort se substitue à son idée abstraite.
La rupture stylistique entre Requiem et le reste de l’oeuvre d’Hanokh Levin semble confirmer cette idée. Hanokh Levin adopte là un style d’une tendresse insoupçonnée, néanmoins sous-tendue par un humour qu’on sent plus grinçant que d’ordinaire. Hanokh Levin abandonne ici l’obscénité provocatrice, le goût du cru et du satyrique qu’on lui connaît, au profit d’une esthétique aux couleurs pastels. C’est la tragédie du quotidien que nous présente Hanokh Levin, une tragédie de l’existence, parsemée de personnages qui ne semblent savoir s’exprimer qu’au subjectif passé. Les interventions des personnages des putains et des ivrognes confèrent à la pièce un caractère baroque en servant d’écrin au tragique de la condition humaine.
On ne peut alors s’empêcher d’établir un rapprochement entre Requiem et les vanités du 17e.
Le spectateur assiste au réveil soudain des personnages qui s’étaient laissés endormir sous la morphine du quotidien. Traitant les termes de la mort, de la solitude, du quotidien, de l’oubli, du regret avec un étonnement qu’on pourrait aisément qualifier d’enfantin (au sens noble du terme), c’est une oeuvre pleine de souffrance que nous livre ici Hanokh Levin.
(Je ne peux m’empêcher de faire une parenthèse sur le dernière scène, où le vieux regrette de n’avoir jamais pu parler à quelqu’un du double menton de sa mère.)
Et tout cela n’est que l’essence du théâtre : sa lutte à travers la parole, contre la finitude des choses, pour les rendre éternelles.

 

Stéphanie Aflalo
Élève comédienne du Studio théâtral de formation
© photo Fleur Geffrier

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