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Carnet de lecture numéro 17

>... et les écrits restent

Le Théâtre est vivant, ses lecteurs aussi !
Par Marie-Noële Bordeaux
Marie-Noële Bordeaux est comédienne, Antennes, de l’action et du comité d'Aneth. Elle a animé cercles de lecture cette année.

Celles-ci et Ceux-là sont amateurs de théâtre, parfois professionnels, élèves de conservatoire, peut-être même écrivent-ils pour le théâtre… Ils participent aux comités de lecture ponctuels ou réguliers initiés par Aneth. À ce titre, Aneth leur a remis trois ou quatre manuscrits - pièces de théâtre inédites sélectionnées par son comité de lecture.
Leur première rencontre avec les textes a eu lieu dans l’intimité d’une chambre, d’une cuisine,
d’un jardin ? Lové dans un fauteuil, allongé sur le lit ou sagement attablé ? Ils ont
lu d’une traite ou par étapes. Parfois cela n’a pas été facile ! Celui-ci a abandonné à la
page 15. Triste rendez-vous manqué…. Celui-là a livré bataille. Perdu dès les premières pages, fâché parfois, il a posé le texte ailleurs – à la salle de bains, tiens ! l’a repris, reposé puis lu enfin jusqu’au bout, ce texte-contemporain-écrit-par-un-auteur-vivant qui bouleverse les repères, triture la langue, pulvérise la narration, ignore le Personnage ! Il s’interroge : «Comment lire le Théâtre contemporain ?». D’illustres dramaturges n’ont-ils pas consacré des ouvrages entiers à la question ?… Et puis il y a Ceux, ravis, qui n’attendent que ça : être surpris, questionnés par des auteurs de leur temps, découvrir des formes nouvelles.
Ils ont tous rédigé une fiche de lecture, transpiré sur un résumé, livré leur analyse critique, leur enthousiasme ou leur déception, là sur la page, à l’abri des regards. Et voici qu’ils s’installent à la table du comité de lecture, forts de cette traversée en solitaire, arguments à la main, pour confronter leur lecture à celle du voisin, partager leur plaisir ou leurs interrogations.
Le Texte gît grand ouvert sur la table, décortiqué, soupesé, questionné «est-ce vraiment du théâtre ?» Celui-là qui l’avait lu et reposé, perplexe, écoute Celle-ci en parler avec passion, le découvre sous un autre jour, désire le lire à nouveau. Le Texte s’offre à la lumière des points de vue contrastés, laisse voir son corps, entendre sa musicalité, approcher son mystère. Il passe parfois un mauvais quart d’heure si son originalité, son audace ont trop dérouté Ceux-ci qui ne lui font pas de cadeau. Mais voici Celui-là, jusqu’alors en retrait, qui Ose braver le groupe, le rose aux joues, le souffle court, qui Dit avoir été «touché par la poésie qui se dégage du texte».
Touché ! Le mot est plein de corps de sens et d’émotions, témoin de la rencontre entre Ces deux là : l’auteur vivant et le lecteur vivant, dans cet espace intime et brut de la lecture, loin des lumières du plateau, sans le bel habillage de l’objet édité. Touché. Le mot reviendra en fin de comité s’il faut éventuellement choisir parmi ces textes celui qu’on fera entendre au
public.
La séance est levée, chacun ressort plus ouvert, plus riche, plus curieux. Le Texte a été emporté par Ceux-là qui ne l’avaient pas lu. Chaque lecture l’accompagne un peu plus vers sa destination : l’édition et la représentation. <

 

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