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> Mustapha BENFODIL

Assister à un comité de lecture : un exercice d'humilité pour un auteur

De janvier à mars 2007, j’ai eu l’honneur d’êtrel’hôte d’Aneth à l’occasion d’une résidence d’écriture. C’est ainsi que j’eus à assister à deux réunions de son comité de lecture. Je dois avouer que quand Mireille Davidovici m’a remis trois textes à lire et à commenter en prévision de la première réunion, cela m’a quelque peu angoissé. Pour un auteur qui fait timidement son entrée dans le théâtre, l’exercice, faut-il le dire, n’est guère aisé. Ce qui m’a d’emblée épaté, c’était l’habileté avec laquelle les pièces étaient passées au crible par les membres du Comité. Au théâtre, généralement, le commun des spectateurs « consomme» la pièce en tant que projet «global ». Quand bien même serions-nous attentifs à la construction dramatique, à la beauté de la langue et la force des personnages, il nous échappera toujours quelque chose de la dimension « littéraire» du plateau. Et si regardants pussions-nous être quant aux carences du projet dramatique, il y aura fatalement un truc qui fera plier notre sévérité, distraits (éblouis?) que nous sommes par la «féerie » du théâtre en tant que «spectacle». Oui, car les décors, la musique, la mise en lumière, la qualité des comédiens qui incarnent le texte agissent comme autant de «brouilleurs ». Autant d’ingrédients qui nous font passer du théâtre comme parole au théâtre comme spectacle, diluant peu ou prou le support textuel dans un enchevêtrement sidérant de signifiants et de stimuli. Acontrario, dans un comité de lecture, il n’y a que du texte. Du texte cru. Du théâtre «papier ». Même pas. Manuscrit. Le texte nu. Seul. Appréhendé «à froid». Exit les lumières, le décor, les effets d’ambiance, bref : la magie du plateau. Le texte n’a que sa poésie et sa force dramatique propre pour se défendre. Mis ainsi sur billard comme soumis à une autopsie dramaturgique, la pièce, dans la bouche de ces Grands Lecteurs du Comité, des professionnels de la scène qui plus est, n’a plus de secret. Plus de mystère. Les comédiens qui ont interprété ma pièce, Clandestinopolis, m’ont toujours impressionné par la vigueur qu’ils donnaient à mon texte, et qui en sauvait à chaque fois les ratés. Ici, pas de comédiens. Pas de secours vocal. Pas d’effet de scène. Tu es seul, Mustapha. Seul contre le monde. C’est ta parole contre l’oreille du monde. Et le boucan de signes qu’il y a autour. Un milliard de messages par seconde. Et puis : l’enchaînement kaléidoscopique des textes dans l’agenda (chargé) du comité de lecture. De fait, on passait frénétiquement d’un auteur à un autre, d’une écriture/esthétique/univers à d’autres. De quoi avoir le tournis devant ce déluge de formes. Je note fébrilement dans mon carnet : «Assister à un comité de lecture : un exercice d’humilité pour un auteur ». Au sortir de la deuxième réunion (au bout de cinq heures de débats intenses), je quittai cette magnifique salle de la Société des Gens de Lettres, dans le 14ème, avec la ferme résolution de constituer dans mon petit deux-pièces, à Alger, un semblant de comité qui permît aux gens de ce métier parmi mes compatriotes de trouver un cadre pour échanger, apprendre les uns des autres, et surtout, apprendre à apprécier un texte à sa juste valeur. Apprendre à écrire théâtre, à réfléchir théâtre, et à mettre correctement la vie sur un plateau…

Mustapha Benfodil
Carnet de lecture n°12, septembre 2007

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