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Avant-propos par Marion Aubert

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À partir du Carnet de lecture n°10, une tribune a été proposée aux auteurs : quelles relations entre le texte et la scène ?
www.aneth.net vous invite à suivre ce feuilleton "Écritures, scène ouverte" auquel s'associent de nombreux auteurs.

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Variation autour du rapport entre écriture et plateau (2nd partie)

Mais ai-je au moins des idées de mise en scène lorsque j’écris ? Non. Lorsque j’écris, je ne pense pas du tout à la mise en scène. Je ne pense pas aux costumes. Ni aux lumières. Ni au décor. Je pense parfois à la production mais très souvent, j’aimerais n’y pas penser. Lorsque j’écris, je ne pense pas au rapport des corps dans l’espace. Lorsque j’écris, j’essaie surtout de capturer des personnages. J’essaie de voler leurs actions. Leurs pensées. Parfois, certains de ces personnages sont déjà au théâtre (ainsi des Histrions). Cela simplifie peut-être la tâche au metteur en scène. D’autres fois non. Ils sont à Limoges. À Poujols. Et comment le metteur en scène représentera Poujols sur la scène ça n’est pas mon souci. Moi, j’essaie juste de me représenter Poujols toute seule.

En quoi alors ces textes sont-ils du théâtre ? À mon avis, mes personnages parlent trop fort pour être retenus dans des recueils de poésie. Ils ont besoin de se dresser pour être entendus. Ils ont besoin d’être relevés par les acteurs.

Ce qu’il m’arrive de faire. Écrire en pensant à un acteur. Mais il m’arrive aussi de penser à ma banquière. Écrire à la demande d’un metteur en scène. J’aime que l’on me donne des directions l’air de rien. Parfois, les metteurs en scène réclament plus de texte. Aussi, contrainte et forcée, je réécris. Mais seulement sous la menace. Je n’aime pas rajouter. J’écris souvent des textes trop longs pour le plateau. Le metteur en scène a pour mission de trancher. Il ne doit pas couper n’importe où. Il coupe avec mon accord. La version de l’édition est alors différente de celle de la représentation. Lorsque j’assiste au travail de répétitions, j’interviens généralement plus sur des questions de langue, de rythme. D’interprétation. Parfois, je me ligue avec le metteur en scène contre un acteur mauvais. Bien souvent, je n’ai rien à dire. Parfois, certains metteurs en scène viennent bousculer l’écriture. Ils me tirent hors de ma chambre secrète. Ils m’obligent à entendre. À me mettre bien en face de ce que j’ai écrit. Ainsi de l’aventure des Histrions. Le metteur en scène m’a demandé expressément d’écrire sur le théâtre. Il m’a demandé d’être auprès de lui durant les répétitions. Il m’a dit : « Pense un peu à la mise en scène lorsque tu écris. » J’ai ronchonné puis, de cette demande, est née la figure de l’homme pratique (metteur en scène fou), puis celle des histrions (acteurs fous). Car voilà peut-être le lien le plus net entre mon écriture et le plateau. La plupart de mes personnages sont des acteurs. Ils ont besoin d’être entendus. Regardés. Ils parlent pour le public. Ils déclament.

Ma relation au plateau diffère donc selon les metteurs en scène et les projets. Tantôt, j’accepte de me laisser influencer. J’implore les commanditaires. Tantôt, j’aime n’avoir aucun rapport avec le metteur en scène. J’aime être assise là. En attente d’étonnement.

Marion Aubert
Carnet de lecture n°12, septembre 2007


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Le jeu... (1ère partie)

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