logo
retour accueil anteth et son réseau sélections de pièces documentation actualités espace auteurs espace antennes

Rechercher

lettre d'information
contacts
liens
plan du site
crédits

Avant-propos par Michel Fize

...........................................................
Michel Fize propose une synthése des nombreux échanges entendus lors de la journée Théâtre pour ados : Paroles croisées, le 22 octobre au Théâtre de l'Est parisien. Retour sur les diverses questions abordées.
...........................................................

 

Conclusions finales et synthèses
>Théâtre pour ados : paroles croisées

Il me revient de conclure cette journée, ce que je fais volontiers. Grâce à des communications et à des échanges de grande qualité, ma tâche de « synthétiseur » en est grandement facilitée.

« Théâtre POUR ados » ? « Théâtre-Jeunesse » (Marie Bernanoce) ? « Théâtre pour les jeunes » (Hélène Beauchamp) ? « Théâtre AVEC ados » ? « Théâtre pour tous » (Michel Fize) ?, « Théâtre inter-générationnel » (qui n’oublie pas les adultes) (Nino d’Introna) ? Quelles que soient les dénominations utilisées, était posée durant la journée, sous-jacente, la question : « Faut-il un théâtre POUR ados ? Un théâtre spécifiquement pour une tranche d’âge (dont les bornes, on le sait, varient selon les spécialistes (cf. plus haut mon intervention sur les âges d’adolescence) ?

Je dirai un mot sur le théâtre AVEC ados, qui n’a guère été abordé au cours de la journée (sauf dans le film marseillais de Florence Lloret et Michel André). S’agit-il d’un théâtre-thérapie, d’un théâtre d’expression adolescente, d’un « théâtre-citoyen », selon mon expression, c’est-à-dire d’un théâtre qui donne la parole ? Cette question mériterait un éclairage en soi, et peut-être un autre débat.

Je reviens donc au « théâtre POUR ados ». Quelle pertinence ce théâtre a-t-il aujourd’hui ?

La réponse semble dépendre, pour partie, des représentations que l’on se fait de l’adolescence.
1) SI l’adolescent est considéré comme une personne (une personne comme une autre, ordinaire en somme), il n’y a pas véritablement de légitimité d’un théâtre spécifique POUR ados. Il en est encore ainsi si, comme l’a souligné Nino d’Introla, l’on entend mettre l’accent sur l’intergénérationnel, ou bien si l’on n’accorde pas une attention particulière aux tranches d’âges elles-mêmes.
2) SI, au contraire, l’adolescent est défini comme un être spécifique, singulier, avec des préoccupations propres, un théâtre POUR ados peut alors prendre toute sa signification. Il reste dans ce cas à se demander quelles sont les finalités du théâtre en question.

Globalement, la balance des communiquants français et des intervenants dans la salle paraît avoir penché du côté du rejet du « théâtre POUR ados ». « Attention aux écritures trop proches, trop destinées », nous a d’ailleurs dit, le matin, Marie Bernanoce.

Si l’on retient néanmoins, un instant, l’idée d’un « Théâtre pour ados » ou, en tout cas, qui n’oublie pas cette catégorie d’âge, on peut considérer que ce théâtre-jeune peut, comme l’a rappelé Catherine Simon, permettre de mettre les adolescents dans la proximité avec l’acte théâtral. L’important, précise Marie Bernanoce, c’est le regard, peut-être aussi le détour, selon l’expression de Bernard Grosjean, que j’expliciterai plus tard.

Reste la question du contenu de ce « théâtre POUR ados ». S’agit-il, par cette forme d’expression artistique, de parler des problèmes des adolescents ou, au contraire, de donner à ces derniers les moyens de parler des problèmes des autres et du monde ? Le débat n’a pas réellement été tranché. L’intervention, dans la salle, de Sylvie Lagarde (Toulouse), fait apparaître que les adolescents (certains adolescents ?) ne veulent pas de textes qui sont « trop proches d’eux ». L’expérience de Michel André et Florence Lloret montre en revanche l’intérêt des jeunes, par comédiens interposés, pour que l’on parle de leur vie, de leurs interrogations et aspirations personnelles. Sentiment partagé par Bernard Grosjean qui précise cependant son propre choix personnel, celui de ne pas s’intéresser exclusivement aux problèmes-ados habituels, qui sont autant de stéréotypes, comme la sexualité, la violence, la prise de risque…Ici, un intervenant dans le public, après avoir rappelé que les adolescents se sentent parfois très seuls, apprécient les auteurs capables de parler de leur propre solitude, de leurs propres difficultés d’adolescents.

Les échanges ont mis en avant quelques mots-clés, comme RENCONTRE, DIALOGUE, DETOUR. J’ajoute, traduction des mots entendus, RESPECT.

RENCONTRE, pour souligner, avec Hélène Beauchamp, combien est important le « moment de rencontre » entre le théâtre et les adolescents, ou avec Luc Dumont, combien l’espace scénique est un « espace de rencontre », ou bien encore, avec Dominique Bérody, combien la rencontre des cultures « ado », théâtrale et adulte est une richesse pour tous.

DIALOGUE, celui du théâtre et de l’adolescence, celui des générations.

DETOUR, qui, selon les mots de Bernard Grosjean, permet aux adolescents de s’éloigner provisoirement d’eux-mêmes pour exister autrement. Le théâtre, comme l’ont souligné Florence Lloret et Michel André, fonctionne alors comme une sorte de caisse de résonnance de leurs idées, de leurs actions et de leurs préoccupations.

RESPECT enfin. Selon la très belle phrase de Bernard Grosjean, le théâtre a aussi pour vocation de « faire émerger l’intelligence et l’émotion des adolescents et de leur assurer un beau moment ».

Qu’il me soit permis, à titre de conclusion personnelle, d’indiquer qu’au-delà de la question de savoir s’il faut ou non un théâtre POUR ados, l’essentiel me paraît être un théâtre qui pense aussi aux jeunes, avec les jeunes eux-mêmes au besoin. Cela suppose un théâtre qui sache les séduire (mais pas les manipuler), dans le confort d’un cadre rassurant et à l’issue d’un protocole clair.

Merci de votre attention et à bientôt.

Michel Fize,
Sociologue au CNRS
michel.fize@club-internet.fr

.......................

Sociologue et chercheur au CNRS, Michel Fize est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes des questions concernant la famille et la jeunesse, sujets sur lesquels il est régulièrement consulté par les instances politiques. Il participe également à de nombreuses émissions de radio et télévision et publie des articles dans la presse. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l'adolescence dont L’Adolescent est une personne (Seuil, 2006), Le Livre noir de la Jeunesse (Les Presses de la Renaissance, 2007), Père et fils, l'histoire d'un amour mal entendu (Éditions de l’Homme, 2008).

En savoir plus sur le projet Théâtre pour ados : Paroles croisées